Processus électoral en Guinée : L’OIF donne sa position technique sur les élections législatives

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Ce lundi 21 octobre, à la Maison de la presse, sis à Dadia, commune de Ratoma, l’envoyé spécial de la Secrétaire générale de l’Organisation internationale pour la Francophonie (OIF) pour la Guinée a animé une conférence de presse. Au menu : la mission de son institution en Guinée. Etaient autour de la table : M. Hubert Tieman Coulibaly, l’envoyé spécial de la secrétaire générale de l’OIF pour la Guinée, M. Malanda Ngimbi Ronsard, expert électoral et analyste juridique de l’OIF en Guinée, Me Amadou Salif Kébé, président de la CENI, les commissaires Aly Bocar Samoura, directeur du département Information, Communication et Sensibilisation et Daouda David Camara, directeur adjoint du département Formation et Education civique, les conseillers juridique et communication du président de la CENI.

Dans son discours introductif, le diplomate Hubert Tieman Coulibaly a rappelé que la secrétaire générale de l’OIF a décidé de désigner un envoyé spécial pour la Guinée, accompagné d’une équipe pluridisciplinaire. « Nous avons déjà effectué une première mission du 1er au 5 octobre. C’était une mission exploratoire qui nous a permis de passer en revue toute la période qui avait précédée à savoir celle de l’audit du fichier électoral et celle de la remise du rapport de cet audit. Vous savez tous que cet audit a prescrit un certain nombre de recommandations visant à réaménager le fichier électoral afin d’obtenir un outil parfait pour la conduite des élections ». M. Coulibaly a affirmé que des efforts ont été fait dans ce sens et les recommandations au nombre de 77 sont en cours de mise en œuvre. « Par ailleurs, la Guinée a décidé de se doter d’outils modernes sur le plan technologique de conduite des opérations électorales. Un nouveau logiciel a été acquis, ce logiciel très performant, à la pointe des possibilités actuelles sur le plan technologique a été acquis par la CENI et est en cours de mise en œuvre. Cette avancée technologique qu’il faut saluer évidemment nécessite un travail très important. Des partenaires en termes de sociétés sont en train de travailler pour que le logiciel soit installé sur les kits d’enrôlement qui ont tété également acquis pour que ces kits puissent être déployés sur le terrain pour le début non seulement de l’enrôlement, mais aussi du nettoyage du fichier électoral. Parce que cela fait partie des recommandations de l’audit du fichier ». Il a poursuivi qu’ils ont procédé à une évaluation. « Cette évaluation nous a amené à établir que le chronogramme qui était annoncé ou qui avait été proposé par la CENI était difficile à mettre en œuvre. Ainsi, nous avons procédé à un certain nombre de suggestions dont le gouvernement guinéen a pris acte. Aujourd’hui, je suis à mesure de vous dire que la date qui avait été proposé par la CENI, celle du 28 décembre pour la tenue d’élections législatives est à reconsidérer. Cette date sera difficile à mettre en œuvre ainsi la CENI elle-même travaillera non seulement à approfondir les diligences qui sont en cours pour le déploiement des équipes pour l’enrôlement, toutes les opérations préparatoires pour la collecte des données, le traitement des données et leur centralisation. De la même manière, elle continuera sa réflexion afin de déterminer un nouvel agenda concernant les consultations électorales pour l’élection des députés. De la même manière, nous avons convenu qu’il était nécessaire aussi de réactiver le Comité de suivi. Parce que du travail préparatoire est en cours, ce travail doit être fait de manière collective afin que chaque partie puisse participer pour que les résultats, de la même manière que cela avait été fait pour le rapport de l’audit, soient accepté par tout le monde. Parce que je me réjouis quand même de constater que les recommandations qui ont été fait par le rapport de l’audit soient acceptées par l’ensemble des acteurs. Cela est un point positif. Nous avons pour mission de veiller à ce que ces recommandations soient mises en œuvre et tout le monde est accord pour cela. Aujourd’hui, nous devons nous mettre dans une perspective qui nous amène à reconsidérer l’agenda concernant l’élection des députés et dans une perspective qui verra très rapidement la réactivation du Comité de suivi afin que l’ensemble des acteurs guinéens puissent se retrouver autour de cet agenda politique extrêmement important ». L’envoyé spécial de la secrétaire générale de l’OIF a réaffirmé l’engagement de son institution à accompagner le processus politique en Guinée comme « nous l’avons fait depuis bien des années pour que les objectifs de notre organisation à savoir la promotion des bonnes pratiques électorales, la promotion de la bonne gouvernance puissent être renforcés dans tous nos Etats membres, les 88 Etats membres qui constituent cette organisation sont engagés à cela. L’organisation veille à ce que ces progrès puissent être constatés à chaque fois que nous intervenons ».

Puisque la date du 28 décembre ne sera pas tenable, quelle est la nouvelle date ? M. Coulibaly a souligné que le travail technique qui est en cours requiert beaucoup de prudence. « C’est la CENI qui détermine le calendrier et le propose aux autorités afin que les décisions soient prises. Cela puisse être fait sous l’emprise d’un certain nombre de textes, de délais légaux et aussi de délais techniques. Je crois que nous aviserons pour les prochaines dates qui pourraient être proposées par la CENI ». Pourquoi c’est l’OIF qui annonce le report de la date du 28 décembre et non la CENI directement ? « La CENI a décidé de se doter d’un outil informatique puissant. Un logiciel qui a de très très grande capacité et possibilité. Deuxièmement, il y a processus d’enrôlement qui va être lancé et pendant ce processus-là les insuffisances qui ont été constatées sur le fichier électoral devront être corrigées notamment les dédoublonnages, etc. Il y a un travail technique extrêmement important à faire afin que le fichier électoral, comme vous le savez l’outil principal de pilotage d’une élection, puisse être exempt de toutes les reproches qui ont pu être faits. Ces constats ont été faits sur la base d’un audit auquel l’OIF a participé. C’est cela qui fonde l’OIF aujourd’hui à intervenir sur la question. La mise en œuvre de ces recommandations-là fait partie de nos objectifs dans notre travail dans ce pays. Il faut prendre le temps de le faire. Il ne faut pas que ce travail-là après un audit important, crédible dont les résultats sont acceptés par l’ensemble des acteurs, que dans la mise en œuvre des recommandations nous allions trop vite et que nous laissions derrière nous des difficultés qui pourraient nous rattraper. Les performances du logiciel dont je parle nécessitent aussi une mise en œuvre minutieuse pour qu’il soit installé sur l’ensemble des kits et déployé sur l’ensemble du territoire pour procéder à l’enrôlement, à toutes les corrections, c’est un gros travail. Nous voulons qu’il soit bien fait pour éviter toute espèce de malentendu et de crispation qui viendrait compliquer davantage le débat politique. Pourquoi l’OIF convoque ce point de presse ? « C’est pour rendre compte au peuple de Guinée de ce que nous sommes en train de faire. C’est ma deuxième mission en tant qu’envoyé spécial. Sur des épisodes électoraux précédents, l’OIF a été un acteur important ici et c’est cette tradition qui continue. Je suis accompagné du Président de la CENI parce que notre contribution est essentielle et importante dans la mission de la CENI », a déclaré M. Hubert Tieman Coulibaly.

Est-ce que la CENI avait constaté ces difficultés avant l’arrivée de l’OIF ? Le président de la CENI, Me Amadou Salif Kébé, a précisé : « C’est vrai que nous avons constaté un certain nombre de choses dès lors que nous nous sommes mis dans l’exécution pratique des activités. Nous sommes dans un processus, certaines vérités font jour au fur et à mesure que vous évoluez. Et la réalité vous fait face lorsque certains impératifs s’imposent. Nous sommes en matière technique, il ne faut jamais dire jamais. Donc, avant l’arrivée de l’OIF, nous avons nous mêmes constaté un certain nombre de choses, mais avec l’aide de l’OIF, nous avons pu conclure à certaines situations qui étaient pratiquement impossible à régler. Donc, si vous nous demandez est-ce que nous n’avons pas constaté nous-même ? Nous continuons à constater certaines choses, mais notre rôle c’est de résoudre les problèmes. Maintenant, il faut savoir en combien de temps nous pouvons résoudre ces problèmes-là, c’est toute la question de délai. C’est pourquoi, aujourd’hui nous nous retrouvons avec ce recul. Puisque les délais techniques que nous avons calculés ne rentraient pas dans le cadre que nous avions déjà défini et qui aboutissait au 28 décembre comme jour d’élection. Nous sommes présents à côté de l’OIF pour son point de presse aujourd’hui, mais la CENI aussi est en train de préparer un point de presse pour annoncer un certain nombre de dispositions que nous avons prises. Eventuellement donner des indications sur le délai ou la date à laquelle nous allons annoncer la date des élections ».

Lorsque vous présentez la date au PM, beaucoup de vos collègues commissaires s’étaient désolidarisés, mais vous avez dit que tout était réuni pour aller aux élections le 28 décembre. Est-ce qu’il n’y a pas d’autres raisons pour ce report ? Le président de la CENI a rappelé : « Je vous ai dit tout à l’heure que la CENI s’apprêtait elle aussi a convoqué un point de presse pour s’expliquer sur l’ensemble de ce qui n’a pas marché pour qu’on puisse aller sur la date du 28 décembre. Mais qu’à cela ne tienne quand l’OIF vient faire des constatations, des consultations, rencontrer tous les acteurs et décide de s’adresser à la presse, il n’est pas interdit à la CENI d’être à ses côtés. D’autant plus que nous partageons effectivement ces constatations qui sont d’ordre technique, qui sont scientifiques. On ne peut pas échapper à cela. La CENI, les membres de la CENI peuvent raconter leur vie, mais la technique ne ment pas. Les machines ne connaissent personne. Quand il faut dix jours pour installer un kit, il faut dix jours. Vous ne pouvez pas déroger à cela. Quant à demander pourquoi c’est l’OIF qui vient annoncer ? L’OIF rend compte de ce qu’elle a pu faire avec l’ensemble des acteurs. La CENI va rendre compte du pourquoi elle pense que le délai n’est pas tenable ». Et de poursuivre : « Lorsque nous débattons et qu’il n’y a pas de consensus, parce que nous procédons par consensus, s’il y a le consensus autour d’un sujet, on ne vote pas, mais s’il n’y a pas de consensus, que la majorité comme la dernière fois, la majorité des commissaires se prononcent en faveur d’une date, Me Kébé ne peut pas aller ni à gauche ni à droite, il ne peut aller que sur cette date. La presse a parlé de tout sauf la question de la majorité à la CENI. Nous procédons par consensus, nous discutons entre nous pendant des jours pour nous entendre, si nous ne nous entendons pas la loi veut que nous procédons par vote. La dernière fois, il y avait dix contre sept. Les sept ne sont pas restés-là, je ne m’en prendrais pas eux pour cela, ils sont allés dans la presse, ils se sont exprimés autrement, ce qui n’est pas louable pour un commissaire. Ce qui est d’ailleurs interdit à un commissaire, mais cela a été fait comme cela. Personne n’a parlé de cela. Nous, nous sommes obligés de suivre la majorité parce que c’est la loi de la démocratie. Quand la majorité s’exprime sur un sujet, vous êtes obligés d’aller sur ce sujet-là et de ne pas déroger à cela. Si demain, une majorité des commissaires se décident pour aller aux élections le 29 décembre, vous verrez le même Kébé ici vous dire que le 29 décembre nous irons aux élections. Il n’y a pas d’autres raisons ».

Souana Doré

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