Préparatifs des élections législatives : La CENI rencontre la Convergence de l’opposition démocratique (COD)

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Après l’opposition républicaine et la Coalition des partis pour la rupture (CPR), la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a poursuivi ce 22 mars, dans un réceptif de Conakry, sa série de rencontres avec l’ensemble des acteurs du processus électoral, notamment avec la Convergence de l’opposition démocratique (COD)  qui regroupe entre autres : l’Ufr de Sidya Touré, le PEDN de Lansana Kouyaté, le PADES de Dr Ousmane Kaba, le FIDEL de Mohamed Lamine Kaba et le Renouveau de Bah Oury. Toujours au menu des échanges : la gestion des recommandations de l’audit du fichier électoral, l’utilisation des nouvelles technologies dans les élections en Guinée, la constitution des CAERLE, la désignation des représentants des partis politiques dans les structures de la CENI (démembrements, cellules, commissions, etc..), le financement des partis politiques.

Dans son discours de bienvenue, le Président de la CENI, Me Amadou Salif Kébé, a remercié les partis de la Convergence de l’opposition démocratique, COD, pour leur forte mobilisation pour cette première rencontre depuis l’installation de son institution. « Par ma voix, la CENI voudrait vous assurer de sa totale disponibilité, sa volonté de conduire les futures échéances électorales dans l’inclusivité, en privilégiant la concertation avec tous les acteurs. Car, il faut le dire, une élection politique doit être avant tout, le fruit d’un consensus national. Aussi, elle doit avoir pour but ultime de renforcer notre édifice démocratique, consolider la paix et l’unité de la nation ». Voilà les motifs profonds qui ont fait que la CENI a opté pour un échange fructueux, une approche concertée sur les élections.

Me Kébé a rappelé les sujets à l’ordre du jour. D’abord, la gestion des recommandations de l’audit du fichier électoral. L’opération a révélé des imperfections sur les empreintes digitales, sur les photographiques d’électeur, des informations insuffisantes sur l’état civil de certains inscrits dont globalement des problèmes sur les données alphanumériques et biométriques. « Sans anticiper sur l’ampleur de ces questions, l’utilisation concomitantes des données issues de plusieurs opérateurs biométriques depuis 2002 n’est étrangère à ce phénomène. A cet effet, l’audit a fait des recommandations de court terme, de moyen et long terme et qui ont été décliné en des priorités fortes et moins fortes. C’est la grande hypothèse sur les recommandations de l’audit. Elle est couteuse financièrement et longue dans l’application. Les acteurs politiques devront aviser et la CENI se mettra à l’œuvre ». Le deuxième sujet, c’est l’utilisation des nouvelles technologies dans les élections en Guinée. « Il s’agit d’un plaidoyer en vue d’un examen attentif de la question de l’utilisation des nouvelles technologies dans les élections dans notre pays. En effet, depuis plusieurs années, le constat a été fait qu’un des goulots d’étranglement du processus électoral se trouve à ce stade précis. La lenteur avec laquelle les données sont traitées et acheminées à la CENI nous interpelle. La technologie n’est pas le grand épouvantail que l’on redoute, elle permet d’écourter les délais de traitement, d’analyser et de proclamation des résultats. D’autres pays voisins ont déjà franchi le pas. Naturellement, avec toutes les garanties de fiabilité et de fidélité par rapport aux résultats sortis des urnes. Tout cela doit être fait de façon concertée. Aussi la remontée électronique des résultats, il s’agit pour ce cas spécifiques de la collecte et de la centralisation des résultats le jour du vote, de mettre en œuvre plusieurs composants et de nombreux canaux. Ce sont des questions assez techniques, mais accessibles si elles sont méthodiquement enseignées ». Schématiquement et pratiquement, la CENI a retenu trois formes : le premier, c’est le canal du serveur vocal qui est un système capable de transmettre et de recevoir les résultats d’un bureau de vote avec le téléphone portable. Le deuxième, c’est le système des SMS cryptés, il s’agit d’une application dans les téléphones et qui dispose d’une interface graphique, d’un formulaire de saisie des résultats. Les résultats saisis sont transmis par SMS à un espace de traitement qui décrypté le message avant les copies physique ou copies papiers. Le troisième système, c’est le stylo de capture numérique qui sécurise les procès-verbaux des bureaux de vote. Le stylo permet de remplir tous les documents électoraux en dématérialisant dans la mémoire sécurisée du stylo et les données peuvent être transmises sous formes numériques au centre de traitement qui dispose d’équipements compatibles.

Le quatrième sujet abordé, la constitution des Commissions administratives d’établissement et de révision des listes électorales (CAERLE). La CENI a des problèmes avec la représentation des partis politiques, de la société civile. « Il s’agit d’améliorer les critères de choix des représentants partis politiques de sorte que nous puissions désigner des personnes ayant une certain niveau de compréhension et d’interprétation des textes régissant le processus électoral. Par le passé, le choix a été porté sur des personnes qui n’avaient parfois aucune compétence en matière d’interprétation des textes, ils ne savaient même pas lire et écrire, en plus forte raison de pouvoir interpréter les textes ». La CENI en parle parce qu’elle ne peut pas décider à la place des acteurs politiques, mais s’il y a une concertation, l’on saura que c’est à tel niveau d’instruction que les acteurs doivent désigner des représentants.

Le cinquième sujet est aussi la désignation des représentants des acteurs dans l’ensemble des structures de la CENI (Cellules, commissions, …). A part Conakry, à l’intérieur du pays, il y a des situations assez compliquées. « Le nombre de commissaires et de départements techniques ayant été réduits, les représentants des acteurs dans les démembrements par exemple doivent être efficace et désigné en fonction de leur niveau d’études et de leur compréhension des textes et des questions électorales. Ce qui rendrait ces structures aptes à remplir leur mission. Cela éviterait beaucoup de situations conflictuelles ou d’incompréhensions sur le terrain ».

Le sixième sujet, c’est le financement des partis politique. « Nous avons voulons l’amener dans nos échanges parce que nous n’entendons pas souvent parler. Nous plaidons que cette question soit traitée. Nous pensons qu’il y a une loi sur le financement des partis politiques, mais le plaidoyer est de toiletter ces textes et de les mettre à jour pour qu’ensemble nous puissions voir un peu plus clair la participation des partis politiques vraiment engagé dans le processus de démocratisation de notre pays ».

Le président de l’Ufr, Sidya Touré, a rappelé la genèse de l’institution électorale en 2007 après d’âpres discussions avec le PUP à l’époque. Pour lui, ce qui va assurer les partis politiques, c’est la qualité du travail que cette nouvelle CENI va faire. « Je me rappelle mon cher frère et ami qui est décédé, le président Ben Sékou Sylla qui, le jour de la proclamation des résultats du premier tour des élections de 2010, a disparu entre la CENI et le Palais du peuple où la proclamation devait se faire. Quand on l’a attendu pendant une heure et demie, j’ai pris mon téléphone, je l’ai appelé, je lui ai mais où es-tu passé ? Il m’a dit : j’ai été convoqué par le président de la Transition. J’ai dit qu’est-ce qui se passe là-bas ? Il m’a dit : ils sont en train de changer les résultats. Donc, c’est comme cela que l’on perd totalement le fil. Et depuis ce temps, nous savons comment les élections se sont passées dans ce pays. Non seulement, nous avons ce sérieux problème de fichier. Outre, il ne faut pas oublier que de plus de 4 millions d’électeurs en 2010, nous sommes passés à plus de 6 millions en 2013. L’audit vient de démontrer que 1 574 000 personnes étaient enregistrées sur ce fichier qui n’ont pas d’empreintes, pas d’informations sur leur profession, en fait des fictifs. Quand vous n’aurez aidé à pister tout cela, vous aurez donné de la crédibilité à votre institution. La suite, ce sera le processus lui-même. Nous sommes-là pour parler de tout ce qui est technique, mais en tant que président d’un parti ayant participé à toutes ces élections depuis 2010, je souhaiterais que nous revenions à une CENI comme nous l’avons souhaité qui est représentatif de l’état de la démocratie dans notre pays ». La crédibilité est le maître-mot qui devrait permettre à ce que nous sortions tous de cela la tête haute, mais que particulièrement votre institution s’en trouve reconnue sur le plan international ».

Souana Doré

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